Fabriquer vos bâtons en bambou

Créer et fabriquer des objets de ses propres mains procure une grande sensation d'accomplissement. J'ai toujours aimé bricoler, que ce soit des objets en bois pour la maison ou une paire de bâtons de ski. C'est la principale raison pour laquelle je me suis mis à fabriquer mes propres bâtons de ski en bambou…

Robin

6/28/20263 min temps de lecture

Comment vous est venue l'idée de fabriquer (ou de modifier) vos propres bâtons de ski ?

J'ai toujours voulu fabriquer mon propre matériel. Ça faisait un moment que je rêvais de bâtons en bambou ; je me suis donc mis à chercher sur Google des perches que je pourrais modifier moi-même. Et c'est comme ça que je suis tombé sur les cannes de Calcutta, un bambou à la fois très solide et flexible, exactement ce que je cherchais.

Pourquoi avoir choisi le bambou ?

C'est le meilleur matériau pour ça : presque aussi léger que le carbone, et bien plus résistant que l'aluminium. Pour un bâton de ski, la résistance à la traction n'a pas d'importance ; c'est la résistance à la compression qui compte. Le bambou s'en sort bien, mais c'est surtout sa robustesse, au sens technique du terme, qui fait la différence.

Comment avez-vous trouvé le moyen de fabriquer les pointes ?

Les bâtons ne sont pas livrés avec des pointes ! J'ai donc cherché des férules de bâtons de ski alpin, et j'en ai trouvé facilement chez un fabricant comme Tehnomat.

D'où vous est venue l'idée des poignées de couleur ?

Les bâtons à poignées colorées et à dragonnes sont devenus populaires, et pour de bonnes raisons : sur piste, les dragonnes et les poignées sont vraiment pratiques. Il y a sûrement aussi un effet de mode. Le côté « fun » du design, lui, m'a été inspiré par Fabian Rimfors, l'un des premiers fabricants de bâtons en bambou et un précurseur de ces grips de couleur, eux aussi venus de chez Tehnomat.

Pouvez-vous nous décrire comment vous avez construit vos premiers bâtons ?

Pour la première paire, je suis resté simple : j'ai acheté des tuteurs en bambou dans une grande surface de bricolage. J'ai scié les perches, ajouté une tige métallique filetée au bout, puis fixé des rondelles rouges en forme de cœur commandées chez Mysti, de Fun Baskets, aux États-Unis.

Comme ces bâtons étaient au départ pensés pour le ski de randonnée, ma pratique préférée, je les ai équipés de poignées de vélo, sans dragonne. Et voilà le résultat de mes tout premiers bâtons de ski en bambou !

Ces rondelles en forme de cœur, l'idée vous vient donc des États-Unis ?

Pas seulement ! L'idée me vient surtout de mes parents. Mon père avait offert à ma mère une paire de rondelles en forme de cœur, achetées à l'époque chez Makro, en Belgique. Ma mère n'a jamais quitté ces bâtons : c'est une sacrée skieuse !

Ensuite, j'ai entrepris d'en faire fabriquer un modèle en impression 3D, avec l'aide d'un modélisateur français, Stéphane Nesseir. Après quelques retouches, son fichier a été repris par un ingénieur de chez Tehnomat pour réaliser un moule par injection. Aujourd'hui, j'ai donc ma propre rondelle en forme de cœur.

Comment aimeriez-vous faire évoluer le projet dans les prochaines saisons ?

Une fois la saison de ski terminée, j'aimerais proposer des bâtons de marche, des cannes pour seniors (sur lesquelles on pourrait par exemple graver le prénom de leurs petits-enfants), ou encore des décapsuleurs personnalisés ou des flasques. Voir sur le site web: www.funtastick.eu

Avez-vous déjà trouvé des points de vente pour distribuer vos bâtons ?

J'ai cherché à placer mes bâtons en boutique, mais je me suis vite rendu compte que ça grignotait tout mon bénéfice. C'est pour ça que je mise plutôt sur le bouche-à-oreille et la vente en ligne : je viens de réaliser la boutique de mon site: https://www.alpine-legacy.com/boutique

Plus récemment, j'ai eu une belle surprise : un mail venu du Valais, en Suisse, pour me proposer une collaboration. « C'est le monde à l'envers, qu'un Suisse demande à un Belge de lui fabriquer des bâtons de ski… », m'a-t-il glissé lors de nos premiers échanges.

Pour conclure

Au fond, cette histoire parle surtout du plaisir de fabriquer soi-même. Robin s'est lancé un peu par dépit, faute de trouver des bâtons en bambou à un prix raisonnable, et il y a gagné bien plus : une façon de bricoler, de jouer avec les matériaux et de personnaliser chaque paire. Le bambou, presque aussi léger que le carbone et plus solide que l'alu, y est évidemment pour beaucoup. Et entre les rondelles en forme de cœur héritées de ses parents et la commande tombée tout droit de Suisse, on a comme l'impression que l'aventure ne fait que commencer.